
Depuis les premiers avions jusqu’aux grandes aventures de l’aérospatiale, l’histoire humaine est traversée par une même caractéristique comptant parmi les valeurs de l’Icam : l’audace. Le pilote qui ose défier la gravité, l’ingénieur qui conçoit une fusée, l’astronaute qui s’élance dans l’espace, tous ont en commun ce goût de l’audace.

Pierre-Alexandre Collomb (106 Lille) jésuite et aumônier de l’association Icam Alumni. Il accompagne les alumni dans leur réflexion spirituelle et contribue aux rubriques Spiritualité de la revue et de la newsletter.
Pourtant, l’audace est-elle ce perpétuel dépassement auquel aspire parfois notre société avide de performance ? Les ressources chrétiennes, notamment la doctrine sociale de l’Église, aident à discerner une juste audace. Une culture qui transforme le dépassement de soi en impératif permanent peut aussi conduire à considérer l’épuisement comme le prix normal de l’engagement. De même, une audace qui relèverait de la seule sphère individuelle en viendrait à délaisser le bien commun. Cette notion fondamentale nous rappelle que l’intérêt général doit peser dans cette recherche. Plus encore, le sort des plus fragiles doit aussi compter.
L’écologie intégrale, si chère à l’Icam, tient à la fois au souci de la dignité humaine et au soin de l’entièreté de la création. À ce titre, le développement de l’aérospatiale et de l’aéronautique ne saurait donc aujourd’hui perdre de vue l’exigence de prendre en compte la dimension sociale et écologique. Il en va de l’audace comme de la réussite ; elles sont des valeurs importantes mais qui doivent se conjuguer autant à l’échelle individuelle que collective. Et surtout, elles ne peuvent échapper à un nécessaire discernement.
L’audace ne doit pas se limiter à une quête effrénée de performance, à devenir une fin en soi. Elle ne doit pas faire perdre de vue le projet et le sens qu’elle soutient. Faudrait-il en déduire que l’approche chrétienne de l’audace est frileuse ? La réflexion n’exclut pas l’action. C’est en cela que l’audace se différencie de la témérité. Les enjeux que nous traversons sont bien trop grands pour rester dans l’immobilisme. Les élections présidentielles à venir doivent notamment nous garder plus attentifs que jamais au projet de société vers lequel nous nous orientons.
Oui, nous avons besoin d’un avenir qui fasse envie, oui, il nous faut un projet ambitieux mais pas à n’importe quel prix. À une époque anxiogène, la tentation est grande de ne penser qu’à soi ou à ses proches. Et si la véritable audace consistait à oser élargir son horizon ?





©Martin Desjonquieres
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