Quand un pape argentin publie un texte sur l’intelligence artificielle, qui cite-t-il ? Le texte d’un essai d’un écrivain français : Georges Bernanos. La citation en question est tirée de son essai La France contre les robots, paru en 1945, où l’auteur annonce une civilisation où les machines auront pris le pouvoir. En 2025, ce texte est toujours d’actualité.

de Pierre Alexandre COLLOMB (106 Lille), sj, aumonier de l’Association Icam Alumni
« Le danger n’est pas dans la multiplication des machines mais dans le nombre toujours croissant d’hommes habitués, dès l’enfance, à ne rien vouloir de plus que ce que les machines peuvent donner. »
À une période où les machines commencent à s’imposer, Bernanos ne vient pas déplorer leur omniprésence et les conséquences qu’elles ont sur l’emploi. Il n’évoque pas non plus leur utilité ou notre dépendance à leur égard. En réalité, ce qu’il souligne, c’est leur capacité à nous transformer dans le plus intime de ce que nous sommes : notre désir.
Il serait naïf de croire que l’usage d’un outil, quel qu’il soit, nous laisse indemne. Nul n’est une île. De même que nous utilisons un outil, l’outil nous utilise. La consultation de courtes vidéos proposées à la chaîne par un algorithme n’est pas sans affecter notre attention et notre patience. La visibilité que nous nous offrons sur les réseaux sociaux n’est pas anodine. Un contexte, où tout service s’évalue à la façon d’un épisode de Black Mirror, vient transformer notre jugement sur autrui et le réduire à sa seule utilité. Cela vaut la peine de s’interroger sur ce que le numérique affecte dans notre rapport aux autres et à nous-mêmes.
Bien sûr, il n’est pas question d’être dans une méfiance radicale face à toute technologie. Une vigilance s’impose néanmoins pour discerner ce que notre usage des technologies en général et du numérique en particulier suscite en nous. La réalité sera toujours plus complexe et plus grande que ce que les machines peuvent nous suggérer. Prenons soin de notre liberté et discernons !

Hoerle Denkmal, Der unbekannten Prothesen, 1930, Von der Heydt-Museum, Wuppertal, Deutschland
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