André Tanchou : De l’expatriation au bénévolat de proximité

Entre défis opérationnels et humains, retour sur un parcours engagé qui se prolonge aujourd’hui au cœur de l’économie sociale et solidaire.

André Tanchou (81 Lille) a mis son expertise au service de Médecins Sans Frontières pendant plus de 10 ans, du Congo au Mozambique en passant par l’Iran.

Qu’est-ce qui vous a conduit à mettre vos compétences d’ingénieur au service de l’humanitaire ?

L’idée m’a longtemps trotté dans la tête, mais j’avais toujours une bonne excuse pour ne pas sauter le pas. J’ai avancé dans ma carrière d’ingénieur et dans ma vie familiale, jusqu’au jour où l’idée de l’humanitaire m’est revenue à l’esprit. L’heure était venue, j’ai alors contacté Médecins Sans Frontières (MSF). Cette ONG s’est montrée intéressée par mon profil d’ingénieur, également passé dans un IAE (école universitaire de management), me permettant d’évoluer aussi bien sur des sujets logistiques qu’administratifs. En 2015, j’ai effectué une première mission en République du Congo, sur un projet de lutte contre le choléra. Cette mission auprès des bénéficiaires a parfois été difficile à vivre, tout en étant gratifiante au vu des actions concrètes menées. Sur cette opération, portant sur l’adduction d’eau, mon expérience d’une dizaine d’années à la Compagnie Générale des Eaux s’est révélée utile.

Quelles ont été vos autres missions par la suite ?

Après cette première expérience de terrain, j’ai rejoint des équipes qui assurent la coordination de l’action de MSF à l’échelle d’un pays. Il y a eu la prise en charge de migrants en Grèce, l’action auprès de populations défavorisées en Iran, la lutte contre le paludisme au Burkina Faso, ou encore un projet multiforme – portant sur le sida, la tuberculose, l’hépatite, les addictions… – au Mozambique. Petit plus sur cette mission : je parle le portugais. Fin 2019, je suis rentré en France pour raisons familiales et ne suis reparti qu’après la crise sanitaire du Covid. J’ai passé deux nouvelles années au Mozambique, en charge des questions financières et RH pour un projet portant sur les maladies tropicales rares. En 2024, j’ai finalement pris ma retraite.

En quoi l’ingénierie humanitaire nécessite-t-elle des compétences différentes de celles mobilisées en entreprise ?

MSF doit gérer des fonctions comme toute entreprise classique. À cela s’ajoutent des spécificités comme, par exemple, le respect de la chaîne du froid pour les médicaments ou la sécurité des personnels dans des contextes parfois tendus. La différence tient aussi aux capacités d’adaptation aux conditions de vie sur place, aux cultures locales, aux modes d’interactions entre les personnes, etc. Au-delà de cette souplesse, il faut aussi être en mesure d’encaisser des chocs émotionnels face au dénuement de certaines populations. Je repense, par exemple, à un centre de santé au Congo avec une forte promiscuité dans les chambres de patients, un bâtiment délabré et des traitements qui se résumaient à l’administration de paracétamol. Face à de telles situations, on mesure aussi la chance que nous avons, en France, de pouvoir accéder aux soins.

En lien avec cette expérience, qu’auriez-vous envie de transmettre à d’autres ingénieurs ayant la même fibre humanitaire ?

J’ai longtemps eu l’envie de partir en expatriation, et c’est une vie que j’ai adorée, mission après mission. J’ai pu découvrir d’autres cultures – à la fois dans les pays d’accueil et au sein des équipes internationales de MSF –, d’autres façons de penser, poser un regard neuf sur les choses. J’ai aussi développé une plus grande confiance dans l’avenir au contact de personnes optimistes et prenant en main leur destin.

Et, après ces années relativement mouvementées, comment s’est passé l’atterrissage de la retraite ?

Cela m’a demandé un temps de réadaptation. Je me suis lancé dans la remise en état de ma maison qui avait été un peu négligée en raison de mes séjours à l’étranger. Je suis aussi bénévole dans deux associations d’économie sociale et solidaire. L’une assure l’entretien de maisons dédiées à l’accueil temporaire de personnes en situation précaire. L’autre s’occupe de prêts solidaires, afin d’accompagner vers la création d’activité des personnes en situation d’échec professionnel. Avec ce double engagement associatif, je boucle la boucle : avant MSF, ne trouvant pas de poste d’ingénieur, j’avais créé une entreprise « d’homme à tout faire » en travaux intérieurs, une activité qui m’avait permis de rebondir.

« J’ai développé une plus grande confiance dans l’avenir au contact de personnes qui prennent en main leur destin »

Une réponse à « André Tanchou : De l’expatriation au bénévolat de proximité »

  1. Avatar de Rondonneau Philippe
    Rondonneau Philippe

    Un très beau témoignage de l’utilisation de son expérience pour l’humanitaire

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